Fond de dodation Victoire
Objectif Transat Jacques Vabre 2019 avec le Groupe Lamotte et Module Création

Transat Jacques Vabre : récit d'un démâtage malheureux

Fin de la Transat Jacques Vabre pour Luke et Tanguy

 

Voilà 10 jours que la Transat Jacques Vabre s'est arrêtée brutalement et bien trop vite pour Luke Berry et son co-skipper Tanguy Le Turquais. Un malheureux démâtage au premier petit matin alors qu'ils menaient la flotte des Class40, un convoyage houleux vers Roscoff, la fin d'une course en double à travers l'Atlantique jusqu'au Brésil que nos deux skippers, nos partenaires, nos proches et tous ceux qui nous suivent attendaient tant. Vous imaginez bien que la dernière semaine n'a pas été facile à vivre et que les prochaines ne le seront sans doute pas non plus. Luke Berry a cependant tenu à partager le récit de cette triste mésaventure que vous découvrirez ci-dessous.

 

"Dur, dur, dur ce sport…. Cela fait plus d'une semaine maintenant que l’avarie est arrivée. C’est d’autant plus dur que nous étions très bien partis, en phase avec Tanguy et en tête de la course. Je pense sincèrement que nous avions tout réuni pour faire une belle transat avec mon super co-skipper. Le bateau était prêt, l’équipage solide et la motivation de bien faire au rendez-vous.

Sauf que vers 7h30 du matin, après une première nuit en mer, nous faisons un planté dans une vague et, alors qu’il n’y a « que » 25 nds, le mat se brise, encore. Je dis « encore » car la même chose (dans différentes conditions) était arrivée en début d’année de l’autre côté de l’Atlantique, lors de la course retour après la Route du Rhum. J’avais alors dépensé tellement d’énergie pour ramener le bateau en métropole, le réparer, remplacer le mat, l’équiper, gérer les galères d’assurances, de trésorerie, de fournisseurs, de chantier, de réorganiser tout le planning pour caler les sorties RP et expliquer aux partenaires que c’est la dure loi du sport mécanique… Et je vois tout cela défiler devant mes yeux après moins de 24h de course sur la fameuse Transat Jacques Vabres si attendue.

Sur le moment, je suis à la bannette et Tanguy à la barre. Je sens le planté, j’entends un crack et Tanguy qui me crie : « on a démâté ». Là, je saute sur le pont et nous passons à l’action. Il faut absolument tout récupérer. La dernière fois je n’avais presque rien réussi à ramener, ce qui m’avait grandement compliqué la suite. Les voiles n’étant pas prises en compte par l’assurance on avait dû tout racheter à nos frais. Par ailleurs, faute d’éléments concrets, nous n’avions pu qu’élaborer des hypothèses sur les causes du démâtage et étions restés sur un doute. Cette fois-ci, je tiens absolument à ramener le tube du mat et tous les points d’accroche pour faire une analyse complète et comprendre la casse. Sans parler de l’impact écologique qui va de soi. Il faut tout récupérer.

Après 2 heures de lutte et d’efforts, de passages à l’eau manqués de pas grand-chose, des petits bobos sur les mains (heureusement rien de grave), nous remontons les derniers éléments. Et là, la réalité nous tombe dessus. C’est le moment le plus dur car la pression tombe d’un coup et je comprends que c’est fini. Il n’y a plus de Transat Jacques Vabre.
 
Tous les deux, nous ne nous sentons pas bien du tout. Il y a de la mer, du vent, le bateau bouge dans tous les sens. Le seul petit point de réconfort c’est que nous ne sommes qu’à 40 km de Roscoff et nous pourrons rejoindre le port dans la journée. Pour rappel la dernière fois nous étions à 500 km de la Guadeloupe et nous avions mis 48 heures sous gréement de fortune…  Mais cette journée de moteur vers Roscoff est une des plus horrible de ma vie. On se sent mal physiquement car épuisés, ballotés par les vagues, avec en bruit de fond le mat qui grince, étendu en deux morceaux sur le pont,. Moralement on est au fond du trou. Un mélange de déception et de tristesse profonde. Comment vais-je faire pour me remettre de ça ? Financièrement, moralement, sportivement ? Pour info les assureurs n’assurent plus les mats. Comment les partenaires vont-ils prendre cela ? Est-ce qu’on continue à faire de la course au large ? Pourquoi ce satané de mat est-il tombé ??

Après inspection du bateau et du gréement, seul le tube a cassé. Il n’y a pas eu de rupture d’une bastaque de l'étai, ou du bas étai. Nous n’avions pas fait les fous ou raté une manœuvre….

Je suis plutôt du genre optimiste et j’arrive souvent à relativiser mais là je n’y arrive pas. En tous cas pas pendant ces 8 heures de moteur. Heureusement, arrivés au port, notre super équipe nous attend. Mathilde, Ludo, mon père, mon beau père Gilles, Laurent le père de Tanguy, un partenaire Pierre et même le partenaire de Tanguy, Bertrand, ainsi que le concepteur du mat. On range, on inspecte. Par chance il y a très peu de dégâts sur le bateau. Ça fait chaud au cœur d’avoir autant de monde qui s’est motivé pour nous aider. Nous recevons beaucoup de messages de soutien. J’ai les partenaires au téléphone. Ils sont déçus, forcement mais me disent qu’on va rebondir plus fort. C’est dans ces moments-là qu’on réalise qu’on nous soutient vraiment.  La bonne nouvelle ? Je vais retrouver ma femme et mes deux enfants plus tôt que prévu.

L’inspection plus profonde nous confirme qu’on n’a pas fait de bêtise, qu’il n’y a pas eu d’éléments externes à casser. Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Il va falloir investiguer tout ça. J’ai du mal à me dire qu’on a trop tiré sur la bateau. On était dans des conditions maniables, le bateau allait vite, oui, on était devant donc peut-être un peu plus de toile que les autres mais pas que. On avait très bien navigué et on a tiré les bons bords pour être devant. On n’était pas en mode tête brulée. Si la conclusion c’est qu’on a trop forcé sous spi médium, deux ris dans 25 nds de vent, je ne vois pas comment je peux continuer à faire de la course au large. Car là on était à 20 miles des côtes et ce n’était pas sous un grain comme on peut avoir dans les alizés en plein milieu de l’atlantique comme sur la Route du Rhum….

La suite ? J'ai ramené le bateau à Saint-Malo quelques jours plus tard avec l'aide de Maël, un copain. Je vais faire expertiser le mat, le bateau, sortir le bateau de l’eau, voir les partenaires, réfléchir à la suite…  Pour positiver, j’ai la chance d’avoir une bonne partie de mes partenaires qui se sont engagés sur un programme de 3 ans (2018, 2019, 2020) avec normalement en mai 2020 The Transat (Brest-Charleston) puis The Atlantic Cup (Charleston-New York-Portland) et la Québec Saint Malo. Et au bout d'une semaine, la motivation commence déjà à resurgir pour revenir sur cette Jacques Vabres pour prendre notre revanche. Si possible dans 2 ans..? Cela nous laisse 5 mois pour trouver des solutions : comprendre pourquoi la mât a cassé et en trouver un nouveau fiable à 200 %. 

Merci à tous pour votre soutien et vos messages. 
A bientôt 
Luke

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